Et l’emploi industriel ?

Lorsque l’on inventorie les aides de l’État français aux entreprises, du plan de relance de 34 milliards d’euros, du grand emprunt de 35 milliards, des 100 milliards d’euros de subventions accordées chaque année aux entreprises, des 120 milliards d’euros de dépenses annuelles pour l’emploi et du crédit d’impôt compétitivité emploi de 20 milliards d’euros, il apparait qu’en terme de montant, le volume total est colossal et aurait pu permettre la création d’un grand nombre d’emplois industriels. 

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 ROMPRE AVEC LE DOGME POUR CRÉER DES EMPLOIS    

L’industrie manufacturière pourrait offrir d’importantes perspectives d’emploi à des populations paupérisées et particulièrement touchées par le chômage dont un nombre très important d’ouvriers et de jeunes adultes peu diplômés mais aussi à des personnels très qualifiés. 

Aujourd’hui, de plus en plus d’économistes ne partagent plus la vision néolibérale des personnalités politiques qui, pendant plus de trente ans, ont réitéré des théories humanistes et lénifiantes destinées à préparer les français à la mondialisation et à désindustrialisation de la France.

La croissance était déjà en baisse continue avant la crise financière et il semble vain d’attendre un taux qui serait suffisamment positif pour recréer de l’emploi.

En délocalisant notre industrie nous avons aussi délocalisé notre croissance et nombreux sont les français qui comprennent maintenant que nous nous sommes fourvoyés et que nous devrons tôt ou tard, produire une plus grande part des biens que nous consommons pour lutter conte le chômage, sauver nos régimes de protection sociale et rééquilibrer notre balance commerciale. 

Les déclarations d’intention du gouvernement ne suffiront pas à enrayer le chômage et il incombe maintenant à François Hollande d’avoir la volonté de relancer ce secteur industriel porteur d’emploi mais délaissé au nom de l’idéologie du libre échange. 

Aujourd’hui, qui peut encore croire à l’antienne des services et produits innovants ou hautement technologiques qui devaient nous assurer le plein emploi et permettre aux ouvriers d’accéder à des emplois revalorisés après des formations professionnelles qui devait transformer ceux-ci en techniciens hautement qualifiés.  

Comparativement à ses voisins européens, l’industrie française n’a que très peu automatisé son outil productif et bon nombre de grandes entreprises ont opté pour une délocalisation totale ou partielle de leur production dans les pays à bas coûts y compris lorsque la fabrication en France s’avérait compétitive. 

Par ailleurs, les produits innovants, hautement technologiques et dits de « transition énergétique et écologique », désignés par les gouvernements pour sauver l’industrie et créer des centaines de milliers d’emplois, sont également le plus souvent fabriqués dans des usines des pays émergents, et cela, même lorsque l’État français finance une partie de leur conception avec des crédits d’impôts en R&D. 

Après l’industrie, les métiers de services, qui, selon tous les gouvernements depuis les années soixante, devaient compenser les pertes d’emplois industriels, sont depuis quelques années délocalisés à leur tour.   

Les chiffres du chômage et de tous les indicateurs économiques soulignent chaque jour les ravages causés par cette politique de désindustrialisation et de libre échange non protégé,  facilitée par les gouvernements nationaux et la Commission Européenne au travers des TFUE (traités de fonctionnement de l’Union Européenne). Peut-être convient-il dès maintenant d’en tirer des enseignements afin de modifier une politique qui plonge la France et son industrie dans le déclin. 

   DES MESURES POUR L’EMPLOI  PEU PROMETTEUSES   

L’ensemble des sondages récents portant sur la politique gouvernementale nous enseigne que la majorité des français n’est guère convaincue de l’efficacité des mesures pour l’emploi annoncées. Elles ne sont, certes, pas totalement inutiles, mais elles pourraient  cependant s’avérer  très insuffisantes.  

- Les contrats aidés comme les « emplois d’avenir » ont été maintes fois utilisés par des gouvernements. Principalement destinés au secteur public et aux associations, ces emplois subventionnés peuvent constituer une première étape vers l’emploi, mais ne préparent que peu les jeunes bénéficiaires à travailler dans le secteur privé. Le dispositif peine à trouver des partenaires. Seulement 15 000 contrats ont été signés depuis novembre 2012 et l’objectif de 150 000 emplois d’ici la fin de l’année, pourrait s’avérer difficile à atteindre. 

- L’objectif de 500 000 « contrats de génération » (CG) peut également sembler très optimiste si l’on considère que les entreprises disposent rarement de visibilité à 3 ans en cette période de crise et qu’il n’est pas certain que beaucoup de chefs d’entreprises se précipitent pour signer un contrat qui les liera à 2 salariés (junior et senior) pour cette durée et au-delà, avec la signature obligatoire d’un CDI (contrat à durée indéterminée).

Les dirigeants de PME estimeront-ils qu’une prime annuelle de 4 000 euros par binôme, parfois remboursable en cas d’échec, compensera la contrainte et le risque de s’engager sur le versement de 2 salaires sur au moins 3 ans, soit le versement de 200 000/250 000 euros en moyenne de salaires chargés ?  

- La promesse d’offrir une formation professionnelle à un chômeur sur deux dans les deux mois, peut sembler très ambitieuse. Bien que 31 milliards d’euros soient chaque année, déjà consacrés à la formation, la plupart des demandes formulées auprès de Pole emploi ne sont pas satisfaites. Aussi, on peut douter qu’il soit possible d’organiser rapidement 1.5 ou 2.5 millions de formations susceptibles de déboucher sur un emploi. 

D’autre part, il convient d’écouter avec prudence ce discours récurent qui tend à justifier une part importante du chômage par le manque de formation et d’adéquation des chômeurs avec les besoins du marché de l’emploi. La carence globale d’offre semble davantage responsable de l’augmentation du taux de chômage et de plus en plus de demandeurs d’emploi déjà parfaitement formés, qualifiés, diplômés ou surdiplômés ne trouvent guère d’emploi.    

- Le crédit d’impôt compétitivité/emploi (CICE)) d’un montant de 20 milliards d’euros, à été inspiré par le rapport Gallois et était initialement pensé pour alléger les charges de  l’industrie. Finalement, 16 milliards d’euros iront aux services et à la distribution et 4 milliards d’euros seulement iront aux entreprises industrielles.

Il n’est pas certain que ce dispositif génère beaucoup d’emploi car rien n’oblige les entreprises qui bénéficient des allégements de charges, à créer de nouveaux emplois et il n’est pas acquis qu’elles recrutent au moment où de nombreux dirigeants décident de réduire la voilure sur les sites français.

Le gouvernement a choisi d’orienter les allégements de charges principalement vers les services et la distribution. Pourtant, si l’on considère que les emplois industriels génèrent des emplois de service et de commerce, il aurait été, d’un point de vue purement économique, plus efficient de relancer l’industrie manufacturière pour créer un plus grand nombre d’emplois. 

 ÉLABORER UNE STRATÉGIE

En modifiant parfois les modes de gestion, de commercialisation et les processus de production notamment en modernisant l’outil productif, il serait tout à fait possible de fabriquer à nouveau en France, la plupart de nos biens de consommation moyen/haut de gamme et il est maintenant extrêmement urgent de mettre en œuvre une stratégie réaliste et efficace, visant à créer rapidement un grand nombre d’emplois industriels.

 Faisons une hypothèse en imaginant que le gouvernement concentre ses efforts sur l’emploi industriel manufacturier et que l’État consacre sur plusieurs années, un budget total de 10 ou 12 milliards d’euros, dont bénéficieraient en priorité des PME industrielles manufacturières, à chaque fois qu’elles s’engageraient à créer un emploi de production en France.

Celles-ci bénéficieraient d’un versement sous conditions de 40 000 à 50 000 euros d’aide à la création d’emploi ou à la modernisation de l’outil productif pour retrouver de la compétitivité (avances remboursables, prêts, exonérations, subventions).

 Cette stratégie pourrait financer la création de 250 000 emplois industriels qui, certes, ne compenseraient pas la perte au cours des dernières décennies,  de plusieurs millions d’emplois industriels. Cependant, la mise en place d’un tel dispositif démontrerait une volonté nouvelle de relancer l’industrie manufacturière et pourrait créer une dynamique pouvant s’étendre à d’autres secteurs.  

La création d’un emploi industriel génère habituellement 2 à 3 emplois indirects et induits.  Ainsi le coût de création de chaque emploi industriel serait à terme divisé par 2 puis 3 et peut-être 4. A terme, prés d’un million d’emplois directs, indirects et induits pourraient se créer dans des régions souvent désertées.

La collectivité pourrait économiser ensuite le coût d’un nombre considérable de  chômeurs.

De plus, une importante partie serait ultérieurement remboursée par les entreprises bénéficiaires.    

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Par ailleurs, l’État encaisserait les charges correspondantes et cela contribuerait à la sauvegarde de nos régimes de protection sociale, soit à terme, une économie totale chaque année, au moins équivalente à la totalité des subventions.

Ainsi, chaque euro de dépense publique permettrait d’économiser plusieurs euros sur les futurs budgets. 

Il faut également rappeler que l’industrie française réalise la plus grosse part de son chiffre d’affaires à l’intérieur de l’hexagone et que lorsqu’elle crée un emploi dans notre pays, elle augmente le pouvoir d’achat d’un consommateur potentiel de produits fabriqués en France.

 DES INVESTISSEMENTS DE FONDS PUBLICS  MAL CIBLÉS  ET PEU EFFICACES  POUR L’EMPLOI  

Selon les sages de la cour des comptes, les 34 milliards du plan de relance de 2008/2009, n’ont permis la création ou le maintien de seulement 20 000 à 70 000 emplois coûtant donc entre 600 000 et 2 millions d’euros chacun et selon plusieurs économistes, le grand emprunt de 35 milliards d’euros, rebaptisé « Investissements d’avenir » en 2012, ne semble pas créer davantage d’emplois. Il convient donc de s’interroger sur le manque d’efficacité de la politique de relance de l’industrie menée par le Fonds stratégique d’investissement (FSI) et la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC). 

En effet, afin de créer un effet de levier, ceux-ci placent une part importante des deniers du contribuable dans plusieurs centaines de fonds d’investissement français ou étrangers qui, généralement, recherchent un TRI (taux de rentabilité interne) d’au moins 15 % annuel, et ciblent donc des placements dans des entreprises ou des projets R&D prévoyant leur production le plus souvent dans les pays à bas coûts. Aussi, les résultats en termes de coût et de création d’emploi semblent indiquer que cette méthode va à l’encontre de l’intérêt de la collectivité.

 Il est à craindre que la Banque publique d’investissement (BPI) qui réunit ces deux acteurs majeurs de la finance de l’économie, ne parvienne guère à créer plus d’emploi si elle ne modifie pas une politique d’investissement plutôt influencée par le dogme néolibéral du libre-échange. 

Quelques grandes entreprises dont certaines appartenant au CAC 40 ont recueilli la plus grande part en montant, des aides aux entreprises sans pour autant cesser de délocaliser et peut-être devons-nous douter de la pertinence des conditions d’attribution de la plus grande part des subsides de la collectivité. Une étude du cabinet Ernst & Young révélait récemment que la catégorie la plus créatrice d’emploi, représentée par les PME, ne percevait que 9 % du montant total annuel des subventions ! 

Dans un article publié en septembre 2011 nous nous interrogions déjà : Le PS veut-il vraiment réindustrialiser la France ?  

                                                                              Francis  JOURNOT   

 « Rendez-nous notre industrie » et association « VÊTEMENTS MADE IN FRANCE » sont des associations citoyennes indépendantes et sans appartenance politique   

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